Valérie Cabanes veut établir une justice écologique et sociale

Valérie Cabanes est une juriste en droit international. Elle a participé au lancement du mouvement citoyen End Ecocide on Earth qui défend le projet de faire reconnaitre en droit international l’écocide – un écocide est un acte de destruction ou d’endommagement important d’un écosystème lié à un facteur anthropique – comme crime contre la paix et les générations futures. Elle est également cofondatrice de l’association Notre affaire à tous qui œuvre à l’instauration d’une justice climatique. Cette association est l’une des quatre ONG à l’initiative de la mise en cause judiciaire de l’État français quant à son manquement face à ses engagements à lutter contre le changement climatique, nommée l’affaire du siècle.

Sa biographie:

Je suis juriste en Droit International spécialisée dans les Droits de l’Homme et le Droit humanitaire. Je suis impliquée dans la défense des droits des peuples autochtones et la reconnaissance des droits de la nature.

J’ai passé 18 ans à diriger des programmes internationaux dans les champs de la santé et des droits humains destinés à des personnes handicapées, des femmes et des enfants exploités et victimes de violence, des enfants de la rue et des réfugiés. Mes voyages dans plus de 40 pays et mes recherches m’ont convaincue que la guerre et la pauvreté sont intimement liées à la sur-exploitation des ressources terrestres et à un partage inéquitable de celles-ci. J’ai aussi pu constater que les modes de vie des peuples autochtones sont les plus à même de préserver le système Terre; ils savent exploiter ses ressources sans jamais l’épuiser car ils se reconnaissent eux-mêmes comme un simple maillon de la chaîne de vie.

Ainsi, depuis 2006, je m’implique dans la défense des droits des peuples autochtones. J’ai entamé un travail de thèse en Anthropologie juridique au nord du Québec auprès du peuple Innu puis je me suis impliquée dans la défense de leur territoire ancestral face à des projets de grands barrages hydroélectriques.  Je me suis aussi opposée dès 2011 à ce type de projets industriels en Amazonie brésilienne, notamment le barrage de Belo Monte, en préparant des rapports débattus au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ou du Parlement européen.

Dès 2012, j’ai participé au lancement d’une initiative citoyenne européenne proposant une directive européenne sur le crime d’écocide, puis en 2015 j’ai travaillé sur une proposition d’amendements au Statut de la Cour pénale internationale portant sur le crime d’écocide.

Je conseille aujourd’hui les Nations Unies dans le cadre du programme « Vivre en harmonie avec la nature ». Je suis membre du comité scientifique de la revue La pensée écologique et de celui de la Fondation Zoein, nouvellement fondée à Genève, qui a pour but de soutenir des activités, des projets ou des organismes à but non-lucratif, en lien avec la protection de l’enfance, des femmes et de l’environnement dans une perspective de réduction des inégalités et de promotion de la durabilité écologique et sociale.

Il est urgent que l’homme retrouve sa juste place de gardien du Vivant, cela passe par une prise de conscience individuelle mais le droit pourrait accompagner ce cheminement. Reconnaître la destruction des écosystèmes comme un crime semble nécessaire pour imposer par la loi, à nos gouvernements et à nos entreprises, la transition énergétique qui permettra de protéger notre environnement, de mieux respecter notre droit à la vie et celui des générations futures.