Sexisme à l’école: l’égalité, cela se joue dès la récré !

Malgré une meilleure réussite des filles à l’école, les femmes sont toujours sous-représentées dans certains métiers et rencontrent plus de difficultés dans leur trajectoire professionnelle : elles sont plus souvent que les hommes confrontées aux emplois précaires, au temps partiel et sont souvent moins bien rémunérées. L’origine de cette situation peut remonter à l’école maternelle… Comment permettre une veritable égalité dès le plus jeune âge? Cela commence dans la cour de récré…

« A l’époque, on a cru que la mixité allait résoudre tous les problèmes, et que tout le monde serait mis sur un pied d’égalité parce que tout le monde ferait la même chose dans une même classe. On n’a ni suffisamment pensé les différences, ni réinterrogé les stéréotypes filles-garçons qui ont perduré malgré cette mixité. »

Présidente de la commission enseignement du Conseil des femmes francophones de Belgique, Nadine Plateau

La plate-forme Egalité Filles Garçons en Belgique nous propose de mieux identifier ce qui est en jeu en matière d’égalité à l’école en se pencant sur ce qui se passé dans les cours de recreation et en définissant clairement ce que sont les stéréotypes sexistes. je vous propose ci-dessous leurs informations.

Occupation de l’espace physique: les cours d’école ‘dominées’ par les garçons ?

La cour de récréation est un lieu où tous les élèves devraient également se détendre, s’amuser et développer leurs compétences sociales et sportives. L’expérience montre toutefois que, dans les cours où les jeux de ballon sont autorisés, les garçons jouent au foot en occupant la plus grande partie de l’espace tandis que les filles restent à la périphérie, parlent ou regardent.

Observez la cour et les couloirs dans les écoles :

  • Comment les élèves se regroupent dans la cour ?
  • Quels sont les groupes qui sont les plus statiques ?
  • Quels sont les groupes qui occupent le plus d’espace ?
  • Comment s’organisent les jeux ?
  • Qui est au centre, sur le côté ?
  • Qui bouscule ?

Ces observations peuvent également être faites dans le réfectoire, la salle de gym, les vestiaires, la piscine, les classes vertes.

Il est donc nécessaire de réfléchir à :

  • l’impact des infrastructures et des aménagements dans la cour de récréation sur les jeux des élèves
  • la possibilité d’encourager les filles qui le souhaitent à jouer au foot et les garçons qui ne le souhaitent pas à s’adonner à d’autres activités
  • une solution pour que tous les élèves apprennent les jeux collectifs

La communication: des propos sexistes entre enfants ?

« Lorsque le respect n’est pas enseigné dans les petites classes, le curseur ne cesse de se déplacer jusqu’à être poussé à l’extrême au collège et au lycée », alerte encore Violaine Guérin. Souvent, les jeunes filles finissent par intérioriser les violences dont elles sont victimes. »

Violaine Guérin, présidente de l’association Stop aux violences sexuelles

Les stéréotypes sexistes à l’école

Le curriculum caché

Le curriculum caché, aussi appelé « programme caché d’inégalités », renvoie à un ensemble de pratiques et de savoirs non perçus par les enseignant-e-s et les élèves. Il échappe donc à leur conscience. Ce curriculum caché agit en marge du programme officiel à travers la présence de stéréotypes dans le matériel didactique et le traitement différentiel des élèves lors des interactions entre enseignant-e-s et élèves.

Le traitement différentiel

Sans en être conscient-e-s et quel que soit leur sexe, les enseignant-e-s, tout en étant persuadé-e-s d’être neutres, adoptent des attitudes différenciées face à leurs élèves selon qu’ils soient filles ou garçons et reproduisent des stéréotypes sexistes. Le curriculum caché inclut un traitement différentiel des élèves selon qu’il s’agit d’une fille ou d’un garçon.

Par exemple, les garçons reçoivent plus d’informations et de feedback (positifs et négatifs) que les filles et les enseignant-e-s leurs posent plus de questions ouvertes.

Les enseignant-e-s ont également des attentes différentes envers les filles et les garçons. Les attentes, de même que les jugements et évaluations, tendent à fonctionner comme des prédictions auto-réalisatrices, c’est-à-dire qu’elles produisent des effets réels sur les comportements, attitudes et performances des élèves. On appelle cela l’effet Pygmalion. Ils ont un impact sur les trajectoires scolaires. On a ainsi montré qu’un-e élève a de fortes chances de progresser si l’enseignant-e le ou la croit doué-e.

La division socio-sexuée des savoirs

Les garçons choisissent de manière privilégiée les filières scientifiques et les filles les filières littéraires. A travers des filières différenciées et hiérarchisées s’opère une division socio-sexuée des savoirs qui se prolonge en une division socio-sexuée du travail professionnel et familial.

La menace du stéréotype

Il s’agit de l’effet psychologique que peut avoir un stéréotype sur un individu. Par exemple, dans le cadre d’un test en mathématique, le fait de dire à des femmes qu’il y a des différences de résultats entre les hommes et les femmes va activer le stéréotype selon lequel les femmes sont moins bonnes en mathématique que les hommes. Elles vont avoir une baisse de performances durant le test car leur confiance en elles sera affectée.

Le stéréotype constitue une menace pour l’identité d’une personne. Les conséquences sont :

  • une baisse des performances
  • une sélection et une censure sociale
    • Sélection sociale : les jeunes femmes sont moins nombreuses dans les secteurs qui restent porteurs de débouchés (les emplois dans les secteurs exigeant des compétences scientifiques et techniques sont plus stables, reconnus et mieux rémunérés) car elles intériorisent, inconsciemment, le stéréotype selon lequel les métiers scientifiques sont « masculins ». A l’inverse, les jeunes hommes sont moins nombreux dans le secteur des soins de la personne car c’est un domaine où on attend des compétences « féminines » (écoute, sollicitude, dévouement…).
    • Censure sociale : renoncer à certains choix sans en avoir conscience. Ces choix différents entre les filles et les garçons ont des répercussions directes sur l’insertion professionnelle. Les stéréotypes associent souvent les femmes à des métiers dévalorisés socialement et économiquement, et en lien avec les activités « domestiques » comme les soins, l’éducation, ce qui n’incite pas les garçons à choisir ce type d’orientation. En effet, les garçons aussi sont victimes de ce processus de censure sociale.

Le combat contre les violences, c’est aussi dans les cours de récré qu’il est en train de se jouer.

En tant que parents et enseignants, soyons très vigilants. Ce qui peut faire sourire aujourd’hui peut devenir une source de grande souffrance demain, en témoignent les nombreux témoignages de jeunes filles qui sont accablants…