L’écoféminisme: féminisme et climat, même combat ?

Peut-on dresser un parallèle entre la condition des femmes et celle de l’environnement ? C’est sur ce point que s’appuie la pensée écoféministe.

L’écoféminisme est une pensée dans laquelle se rejoignent écologie et féminisme. L’écoféminisme analyse les notions de capitalisme et de patriarcat et constitue un large mouvement qui s’étend à travers le monde et qui vise à redonner des droits aux femmes et à la planète.

L’objectif de l’écoféminisme est de renverser tout type de domination, qu’elle s’exerce entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les êtres humains et la nature.

« L’écoféminisme a un mérite : celui de sortir du dualisme et de nous montrer qu’on peut ne pas avoir à choisir entre écologie et féminisme, corps et esprit, nature et culture, etc. Dans une société qui aime diviser, il apporte une culture du “et” qui est puissamment émancipatrice. »

Pascale d’Erm, journaliste, essayiste et réalisatrice, spécialisée dans les questions de nature et d’environnement

Les femmes pionnières en écologie

George Sand, Rosa Luxemburg, Rachel Carson, Jane Goodall, Wangari Maathai… Les femmes se sont toujours investies en écologie, ont été à l’origine d’avancées fondamentales en matière d’environnement.

« Les femmes sont celles qui prennent soin des personnes les plus vulnérables, les enfants et les personnes âgées, de la maison – et il est facile de faire le lien entre la petite et la grande maison qu’est la Terre – et qui sont les victimes directes du désastre climatique, j’ai pu le constater partout. »

Marie-Monique Robin, journaliste d’investigation, réalisatrice et écrivaine

Plusieurs études ont montré que les femmes sont plus engagées dans l’écologie que les hommes, une étude de Scientific American suggérant même que les comportements écologiques sont perçus comme une atteinte à la « virilité ».

Vandana Shiva, figure de proue de l’écoféminisme

Selon elle, il y a une profonde affinité entre le projet de domination de la civilisation sur la nature et la domination des hommes sur les femmes. Les hommes envisagent la nature comme un ensemble de ressources au service des humains et non comme un système vivant : ils veulent dompter la nature et cela se traduit par une  agriculture agressive dominée par la technique. Or, leur relation avec les femmes est similaire : c’est du côté des femmes que se trouve la plus grande partie de la puissance productive biologique et naturelle (grossesse, enfantement, allaitement),  et c’est du côté des hommes qu’il y a une plus grande propension à la violence physique, une culture des armes et de l’organisation militaire, la monopolisation des fonctions politiques, et, dans la division du travail, le contrôle des techniques . Ainsi  les femmes sont traitées non comme des êtres ayant la même dignité et les mêmes droits que les hommes, mais comme une force de reproduction et de production que les hommes doivent contrôler et mettre à leur service.

Nous les femmes, soeurs en écologie ?

Aujourd’hui, les femmes sont en première ligne face aux catastrophes écologiques : l’eau est empoisonnée, l’air chargé de polluants dangereux, les sols sont dégradés… Alors elles s’entraident, joignent leurs connaissances pour s’engager, être plus fortes face aux multinationales, créent des réseaux. C’est cela la sororité écologique des femmes. Elles sont attachées aux soins donnés aux autres et aux conséquences de leurs actions sur les générations futures.  Carol Gilligan, psychologue américaine, en a posé les fondements dans son livre Une voix différente, pour une éthique du care. C’est la « capacité à se soucier, à éprouver de la sympathie, de la compréhension et de la sensibilité pour le destin de certains êtres particuliers et à se porter responsable pour d’autres« . C’est un enjeu qui suppose de dépasser la question du genre pour aller vers la transformation démocratique, émancipatrice pour toutes et tous. Carol Gilligan fait l’apologie d’une pensée qui puise dans l’intelligence du cœur. Or, la société nous encourage à nous détourner de nos émotions, de notre empathie, privilégiant toujours la raison.

Pascale d’Erm, auteure de « Sœurs en écologie »

L’écoféminisme, bénéfique pour toutes et tous

Pour l’écoféminisme, le patriarcat de nuit pas seulement aux femmes, mais aussi aux hommes. Et c’est parce que les hommes et femmes se déconnectent de plus en plus de la nature qu’il est urgent de faire évoluer notre conscience à son égard.