Sabah Rahmani, anthropologue et journaliste, spécialisée des « peuples racines »

Journaliste, diplômée en anthropologie, Sabah Rahmani travaille sur la question des peuples racines depuis plus de vingt ans. Elle a effectué de nombreux reportages auprès de communautés autochtones. Ses sujets de prédilection portent sur les relations entre l’humain et la nature. Rédactrice en chef adjointe du magazine « Kaizen, 100% positif », elle travaille pour la valorisation des cultures et de l’environnement.

« Il faut se reconnecter à nos propres racines »

Sabah Rahmani est l’auteure du livre « Paroles des peuples racines. Plaidoyer pour la Terre ». Elle a réuni les messages de représentants de peuples racines de tous les continents, qu’ils et elles soient Papou, Massaï, Maori, Pygmée, Peul, Touareg, Sami, Kanak, Kayapó, Kogi, Mapuche… ils témoignent toutes et tous d’une grande sagesse, de leur lien avec la nature et de leur amour de suns et des autres et de leur volonté de préserver leurs cultures.

Sabah Rahmani est berbère: « C’est une part de mon identité. La chose qui m’a le plus marqué dans mon éducation c’est le rapport au corps, le rapport au sensible, et à la nature puisque c’est un héritage ancestral et je l’honore tous les jours. Ce mode de vie sensible a construit mon identité. J’ai essayé de réunir le meilleur des deux cultures. »

Peuples racines

Pour parler de peuples indigènes ou autochtones, Sabah Rahmani emploie le terme de peuples racines. « C’était les anthropologues russes qui ont nommé ainsi les peuples autochtones. J’aime bien ce terme car il est à la fois juste et symbolique dans le sens où l’on considère que ces peuples sont ancré dans un territoire, ils sont les premiers occupants d’une terre ancestrale. Ce rapport à la racine montre aussi le lien très fort qu’ils ont avec la terre et la nature« .

Parmi les personnes que Sabah Rahmani a rencontrées, il y a Magdalene Setia Kaitei qui fait partie du peuple Maasaï, communauté pastorale qui réunit au Kenya quelque 800.000 personnes dans les régions de Kajiado, Narok, Laikipia et Samburu. Elle est directrice exécutive de Emayian Integrated Development Organization, qui lutte pour l’amélioration des conditions de vie des Maasai, pour la protection des ressources naturelles, des forêts, face à l’accaparement des terres et à l’exploitation fermière, et contre le changement climatique, au sein du département de Kajiado. Magdalene a travaillé avec la communauté Maasaï pendant quinze ans, sous l’angle des questions liées au développement et l’injustice sociale. Elle est également membre du comité exécutif de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature.

Les peuples racines représentent aujourd’hui 370 millions de personnes dans le monde. « Ils sont entre quelques dizaines de personnes, ou quelque millions de personnes en fonction des ethnies. Ils ont un ancrage fort avec la nature. Ils sont sur ces terres depuis des générations, voire des millénaires. L’ONU reconnait leur droit au territoire, au mode de vie, à leur langue. Mais cette déclaration n’est pas forcément reconnue par les États« .

« Ce sont les premiers en ligne de front sur le changement climatique, et la prédation des matières premières. Ils représentent 82% de la biodiversité mondiale. C’est énorme. Leur mode de vie respecte l’environnement. Le fait qu’ils soient menacés en tant que communauté, fait qu’ils sont des lanceurs d’alerte. S’ils disparaissent, c’est nous qui disparaîtrons après. Et ils le disent » lance Sabah Rahmani, qui explique la manière dont ces personnes sont menacées aujourd’hui par les États ou par les entreprises.

Concernant le cas de l’Amazonie en particulier, la journaliste explique que « depuis l’arrivée de Jair Bolsonaro, la situation s’est considérablement dégradée. On a vu des leaders autonomes se faire assassiner. C’est la porte ouverte à la prédation de tous les territoires, à la discrimination, en toute impunité » précise-t-elle, expliquant que ces peuples cherchent aujourd’hui un soutien auprès de la société civile internationale, ou bien se forment à l’Université pour se battre, afin de faire pression sur les multinationales et le gouvernement. Sans une reconnaissance humaine et culturelle, ces peuples ne pourront pas s’en sortir, conclut-elle.